Précis de géographie sexuelle
A propos de l'Atlas mondial des sexualités, de Nadine Cattan et Stéphane Leroy, Autrement, 19 €, 96 pages.

On connaît la boutade d’Alfred Sauvy : « Une femme est fidèle à son mari. Une autre est infidèle au sien deux fois par semaine. En moyenne, ces deux femmes trompent leur mari une fois par semaine.  » La statistique est en effet une science dangereuse, surtout lorsque couplée à la cartographie elle se pique de vouloir décrire les comportements intimes de l’humanité. La démarche des auteurs de l’Atlas mondial des sexualités est donc audacieuse, mais on peut d’emblée y noter la présence de quelques biais statistiques : ainsi, quand ils affirment que 85 % des infidèles en Europe appartiennent à la catégorie des CSP+ et ++, ils se basent sur un échantillon biaisé, celui des inscrits du site de rencontres (adultérines) Gleeden.com. Il est évident que les CSP- sont peu nombreux à pouvoir recourir aux services d’un site payant, mais ça ne signifie pas pour autant qu’ils restent fidèles à leurs épouses légitimes… D’autre part, on peut reprocher aux auteurs de sacrifier à certaines postures idéologiques (en particulier celle du « gender »), par exemple lorsqu’ils postulent que « tous les êtres humains sont prédisposés à être bisexuels » et que c’est seulement l’identification plus ou moins forcée et conflictuelle à une identité de genre obligée qui réprime la tendance générale à la bisexualité… Mais au-delà de ces quelques réserves, l’ouvrage fourmille d’informations tour à tour cocasses et édifiantes. Le recours à la cartographie permet ainsi de tailler en pièces certains lieux communs : la thèse selon laquelle la pratique de la polygamie coïnciderait avec le monde musulman est largement relativisée (l’Afrique chrétienne et la Birmanie sont polygames tandis que les pays musulmans d’Europe, d’Asie centrale et du Caucase l’interdisent). La part accordée à la géographie urbaine est notable : l’histoire des bars lesbiens de Paris y est relatée au moyen d’histogrammes, la disparation des salles de ciné X s’affiche en trois couleurs et même le tourisme libertin au Cap d’Agde bénéficie d’un schéma rutilant. Certains lecteurs, enfin, seront peut-être révoltés d’apprendre que neuf départements français sont dépourvus de clubs échangistes. Il est décidemment des déserts dont on parle rarement.

Bruno DENIEL-LAURENT

 

Marianne - juillet 2013