Vers un écologisme chrétien
A propos de Vers un écologisme chrétien, de Frédéric Dufoing, , Médiaspaul | 152 p. | 15 €, 2017​

Deux ans après la parution de l’encyclique Laudato si’ du pape François, ardent plaidoyer en faveur de l’« écologie intégrale », le philosophe belge Frédéric Dufoing choisit de nous éclairer sur les rapports complexes qu’entretiennent aujourd’hui les églises chrétiennes et les défenseurs de l’écologisme. L’auteur, spécialiste de l’œuvre d’Ivan Illich, rappelle que l’émergence de l’idéologie écologiste – une « idéologie en tension » qu’il prend bien garde de distinguer de la science écologique, de l’environnementalisme et surtout de l’animalisme – a représenté pour le christianisme un double défi : les Églises – et plus généralement le judéo-christianisme – ont d’abord dû faire face aux critiques de fond de plusieurs penseurs écologistes américains (notamment Paul Shepard et Lynn White) qui ont accusé les récits bibliques et les institutions ecclésiastiques d’avoir légitimé le « désenchantement du monde » et la séparation de l’homme d’avec la nature ; d’autre part, les liens avérés d’une partie des écologistes avec la contre-culture des années 60 – et leur fascination pour les religions extrême-orientales ou les cultes païens ancestraux – a évidemment exacerbé les antagonismes mutuels.

Mais ces méfiances réciproques se sont largement atténuées – l’encyclique Laudato si’ a d’ailleurs été bien accueillie dans les milieux écologistes, y compris les plus radicaux – et Frédéric Dufoing démontre que la pensée écologiste a été largement irriguée par des chrétiens affirmés (Ivan Illich, Calvin DeWitt, Jacques Ellul, Jean Bastaire, Gilbert White, Lanza del Vasto, etc.), et aussi que le christianisme est porteur de ressources symboliques, spirituelles et éthiques parfaitement compatibles avec les impératifs écologiques : en témoignent l’affirmation chrétienne d’une vision personnaliste et non-individualiste de l’être humain, la critique consistante de l’aliénation technicienne, la mise en garde contre l’hybris et le mythe d’un progrès matériel illimité, le refus des idolâtries étatiques ou financières, sans oublier une certaine disposition « franciscaine » à la célébration de la Création. Face à la double menace que représentent la dévastation de la planète et l’émergence d’une idéologie transhumaniste prométhéenne, Frédéric Dufoing nous convainc que les bonnes volontés écologistes, qu’elles communient ou non aux sources christiques, n’ont désormais plus d’autre choix que d’incarner dans un combat commun leurs multiples convergences.

 

Bruno DENIEL-LAURENT

La Revue des Deux Mondes - juin 2017