Histoire des cocotiers
A propos de Histoire des cocotiers - journal 1997 - 1999, d'Olivier Maulin, Rue Fromentin | 192 p. | 20 €, 2018

Sacré « prince des poètes » et « roi de Montmartre » – dans le quinzième arrondissement ! – par une mystérieuse « Brigade du Goût », animateur du Cercle littéraire Cosaque et inspirateur de réjouissantes performances – il a célébré le cinquantième anniversaire de la mort de Marcel Aymé en organisant une traversée pédestre, nocturne et charcutière de Paris, de la rue Poliveau à la rue Lepic –, Olivier Maulin s’est imposé dans le paysage éditorial français avec une douzaine de romans picaresques et flamboyants peuplés d’anarchistes reclus, de ratés merveilleux et de beautés lasses aux seins lourds. Mais avant de devenir un auteur (barbu) à petits succès, Olivier Maulin a été un jeune homme glabre et chevelu se désespérant de n’avoir rien écrit, ni rien fondé. Histoire des cocotiers, issu d’un journal intime qu’il a tenu dans les ultimes années du siècle dernier, nous laisse donc découvrir un étonnant Maulin, exotique, velléitaire et inquiet, un écrivain sans œuvre qui, s’éloignant de la gauche « à la vitesse d’un avion supersonique », passe d’un lit à l’autre, des chambrettes de Ménilmontant aux pousadas de Cachoeira. Ecrit sans fioritures ni fausse pudeur, ce journal fait alterner quelques bavardages superficiels sur l’actualité – le procès Papon ou les guerres de Yougoslavie sont autant d’occasions de cassus belli sur lesquels se fragilisent des amitiés ambiguës – et de touchants épisodes érotico-sentimentaux dont les enjeux et les courbures sont moins frivoles qu’ils n’en ont l’air. La lecture de ces pages sont d’autant plus intéressantes qu’elles n’étaient évidemment pas destinées à être un jour publiées, aussi l’on saluera le flair de l’éditeur Jean-Pierre Montal qui, dévoilant les états d’âme d’un jeune écrivain français en devenir, nous invitent chacun à nous replonger dans les méandres de ce qui fut l’âge de tous les possibles.

 

Bruno DENIEL-LAURENT

La Revue des Deux Mondes - juin 2018