Pure Colère
A propos de Pure Colère, livre photographique d'hommage à Camille Lepage, Editions de la Martinière | 160 p. | 30 €

Le 12 mai 2014, la photographe Camille Lepage était assassinée à Ngambongo, en République centrafricaine, dans des circonstances troubles qui n’ont pas été éclaircies à ce jour. Tuée d’une balle dans la tête – probablement par des miliciens de l’ex-rébellion Séléka –, cette Angevine intrépide de vingt-six ans s’apprêtait à réaliser des clichés sur le travail des enfants dans les exploitations diamantifères à la frontière du Cameroun. Après s’être immergée en 2011 dans l’ambiance électrique des manifestations de la place Tahir au Caire, Camille Lepage avait été l’une des très rares photographes à s’intéresser aux conflits du Sud-Soudan, s’immisçant au plus près des populations bombardées des monts Nouba. Puis en septembre 2013, elle s’était installée en République centrafricaine au moment où la rébellion Séléka – constituée de milices musulmanes venues du nord du pays, du Tchad et de Libye – multipliait les assauts contre les forces gouvernementales et les chrétiens, provoquant en retour la constitution des brigades d’auto-défense « anti-balaka ». Durant ces trois années, Camille Lepage a su développer une conception exigeante de l’art photographique, privilégiant des immersions longues et éprouvantes dans des régions ignorées par les médias occidentaux.

 

C’est grâce au travail acharné de sa mère, Maryvonne Lepage, qu’est aujourd’hui publié Pure Colère, rassemblant une centaine de photographies commentées et accompagnées d’extraits de correspondances. Ce livre permet de prendre la mesure d’une œuvre qui va bien au-delà du simple reportage, ses clichés de guerre offrant des compositions et des cadres d’une beauté saisissante et quasi-picturale qui parviennent à faire surgir tout à la fois des sentiments mêlant l’effroi, la révolte et la fascination. Livre terrible et magnifique, donc, d’une jeune artiste disparue trop tôt, dont le courage exemplaire nous aura gratifiés de pépites lumineuses arrachées aux enfers oubliés de notre monde.  

Bruno DENIEL-LAURENT

La Revue des Deux Mondes - mai 2018